Garder confiance dans la vie et en l’homme


La confiance, moteur de vie

Se savoir responsable d’une entreprise, ou plus généralement être responsable d’une communauté humaine, quelle que soit sa taille, est d’une exigence rare. En effet, faire œuvrer des hommes et des femmes pour que l’entreprise, ou l’association, ou l’institution, voire la famille, fonctionnent au mieux de leurs finalités respectives n’est pas sans poser des problèmes de toute nature.

Saint Benoît au chapitre 4 de sa Règle, toujours d’actualité cinq cents ans après son élaboration, explique :
Qu’il (l’abbé) sache combien difficile et rude est la tâche qu’il a reçue : conduire des âmes et être au service d’un grand nombre avec leurs humeurs; avec l’un il usera de douceur; avec l’autre de blâmes, avec un troisième de persuasion; selon le caractère de chacun, il se conformera, s’adaptera à tous, de sorte que non seulement il n’ait pas à s’affliger de dommages subis par le troupeau qui lui est confié, mais qu’il se réjouisse de l’accroissement d’un bon troupeau.

Si saint Benoît est un bon guide, ce qu’il demande est plus aisé à énoncer qu’à mettre en pratique, surtout dans le monde économique actuel où la finalité s’exprime le plus souvent en termes de résultats financiers ou d’accroissement de parts de marché, Sex, power and money, célèbre formule d’un monde qui n’est pas celui des bisounours, fait bien souvent tourner le monde. Un christianisme longtemps marqué par le jansénisme nous a conduits à mépriser trop souvent ces trois mots qui sont, je le pense, de véritables valeurs, indispensables à la vie de chacun, mais à une condition et une seule : sexualité, pouvoir et argent sont des valeurs de SERVICE et non de finalité. La seule finalité n’est-elle pas de faire grandir l’homme dans toutes ses dimensions, physiques, intellectuelles, sociales et spirituelles ?
C’est l’objet même de l’Utopie, œuvre dans laquelle Thomas More dénonce avec force les abus et les injustices de son temps, dont les dirigeants étaient obsédés par l’accroissement de leurs richesses et de leurs pouvoirs au détriment du plus grand nombre. De tels comportements ne nous sont pas étrangers !

Comme je sais bien que ce serait illusoire, et bien vaniteux d’imaginer que je puis réformer le monde, je ne me pose qu’une question : ai-je le désir et la volonté d’être un initiateur de cercles vertueux, dont l’effet – comme l’effet papillon – dépassera toujours celui ou celle qui l’a initié.

Un exemple personnel vécu voici plus de quarante ans m’a marqué pour la vie. Un des salariés de l’entreprise avait la fâcheuse habitude de se saouler. Malgré l’ordre que j’avais reçu de le mettre à la porte, je lui donne une dernière chance avec ma promesse que je le virerais sans préavis à la moindre incartade, quelle qu’en soit la cause. Miracle auquel personne ne croyait, G. s’achète une conduite et, via l’association Alcooliques anonymes, arrive à renoncer totalement à l’alcool.

Avec bonheur pour lui, pour les siens et pour ses collègues, la vie quotidienne n’est plus la même. Or, deux ou trois ans plus tard, G. m’appelle, de manière surprenante, tôt chez moi un dimanche matin. J’entends sa voix étranglée au téléphone et avant même qu’il ne me dise la raison de cet appel, je me dis :  » Ça y est, il a replongé. » Erreur complète. Il me dit en effet :  » Monsieur, je viens de retrouver ma fille de 15 ans, violée et assassinée… Mais je vous le promets, je ne boirai pas, je ne boirai pas. » Cet appel téléphonique, puis ma rencontre avec cet homme et sa femme, dont la fille était le seul enfant, son enterrement, restent gravés dans ma mémoire. Mes sentiments d’incompréhension, d’injustice, font remonter dans mon cœur toutes les souffrances des innocents. Cette incompréhension et cette révolte en face du mal diabolique étaient alors au cœur de ce qui faisait tant souffrir mon épouse.

Garder confiance dans la vie et en l’homme restait, en dépit de ce drame, au centre de mes convictions. Donner sa chance à quelqu’un c’est d’abord faire confiance. Mais faire confiance sans naïveté. C’est une erreur par excès de confiance, ou plutôt manque de lucidité que j’ai ainsi commise une autre fois. Un de mes collaborateurs effectuait depuis de nombreuses années un excellent travail, mais sans aucune évolution de carrière. Je lui ai donc attribué, à son corps défendant, une promotion, avec une responsabilité accrue, que je trouvais parfaitement justifiée. Quelle surprise lorsque, peu à peu, cet homme joyeux, très à l’aise sur le plan relationnel, s’est renfermé jusqu’à donner sa démission sans autre raison apparente que de me dire qu’il voulait quitter l’entreprise. Échec sur tous les plans !

La confiance implique donc la lucidité et ne pas vouloir faire le bonheur des gens sans leur adhésion. Et pourtant la tentation est grande de croire que je sais ce qui est bon pour l’autre. J’ai tiré de ces deux expériences quelques réflexions que j’ose partager : Croire en soi, croire en l’autre.

Extrait de :

Passeur de joie
Jacques Mulliez
Éditions Nouvelle Cité

Comment un homme peut-il résister à la corruption, à la tentation du pouvoir et de la facilité ? Comment lutter sans se décourager ?
Pour Jacques Mulliez, chef d’entreprise, époux et père de famille, confronté à certains maux de notre temps – vulnérabilité de proches abîmés par des abus d’autorité pouvant conduire l’un d’entre eux jusqu’au suicide, menaces physiques et psychologiques devant sa résistance à la corruption –, le combat a pris les formes d’un progressif dépouillement intérieur. Accepter et reconnaître ses fragilités, ne pas renoncer à ses exigences, écouter et obéir à sa conscience, des exigences morales que Jacques n’aurait pu tenir sans l’aide précieuse de ses deux compagnons de route favoris, Thomas More et Etty Hillesum, amoureux de la Vie et des hommes, ni sans la force et la sensibilité de son épouse.
Comment rester porteur de paix et de joie quand la souffrance et le mal nous envahissent ? « Passeur de joie » y répond avec humilité, humour et sincérité. Il ose une parole vraie, enracinée dans la foi et la prière, pétrie d’humanité. Il respire l’Espérance. Il donne le goût de la Vie.

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