Mise en garde avant l’Enfer de Thomas More

Thomas More (1478-1535) écrivit vers 1522 ce traité, resté inachevé, sous le titre des « Vérités dernières ». Son but est de montrer combien il est nécessaire de penser à la mort pendant sa vie pour mériter le ciel. Énumérant un à un les péchés capitaux, il les passe à l’épreuve de la méditation sur la mort.

Avec un humour propre à ceux qui savent scruter les petits travers du quotidien, l’auteur dénonce nos compromissions avec les tentations, rendant très contemporaine sa fine analyse de l’être humain. Le péché serait-il encore plus attrayant et convaincant aujourd’hui ?

Les péchés capitaux à l’épreuve de la mort

« Pourtant je sais que beaucoup de gens diront que la seule pensée de la mort, si on la considère sérieusement, suffirait à priver l’homme de toute sa joie de vivre; et que la vie deviendrait encore plus pénible si, à la méditation de la mort, on ajoutait la contemplation du redoutable jugement de Dieu ainsi que les cuisantes souffrances du purgatoire ou de l’enfer, dont chacune dépasse et excède de nombreuses morts ! Voilà bien les sages maximes pour ceux qui font de ce monde leur paradis, et qui font de leurs désirs un dieu.

Voyez donc l’aveuglement dont nous, les hommes de ce monde, nous souffrons en prétendant décocher nos flèches folles précisément vers les cibles qui sont le moins à notre portée ! Car je parie que sur quatre mille personnes prises au hasard, on n’en trouvera pas quatre-vingts qui n’affirmeront pas hardiment qu’il est trop difficile de s’appliquer à garder à l’esprit ces quatre fins dernières. De même je parierais que, sur ces quatre mille, vous n’en trouverez pas quatorze qui y aient vraiment réfléchi quatre fois dans toute leur vie.

Si les hommes daignaient tester les effets de cette médecine – la méditation sur les quatre fins dernières -, ils constateraient qu’au lieu d’abandonner le plaisir de la vie, ils y trouveraient un plaisir sans cesse plus grand, tel qu’ils n’en ont jamais éprouvé auparavant, ni ne l’auraient jamais imaginé. Car il faut savoir que, de même que nous sommes faits de deux substances fort différentes, le corps et l’âme, ainsi sommes-nous aptes à recevoir deux plaisirs différents, l’un sensuel, l’autre spirituel. Et de même que l’âme surpasse de loin le plaisir grossier et écœurant de tout délice charnel, qui, à dire vrai, n’est pas un vrai plaisir, mais une contrefaçon du plaisir. Si les hommes en sont si friands, cela n’est dû qu’à leur ignorance de l’autre plaisir. Ils sont comme ceux qui ne connaissent rien aux pierre précieuses et se satisfont autant d’un béryl ou d’un cristal contrefait que d’un diamant véritable. En revanche celui qui, grâce à l’habitude et à l’expérience reconnaît à l’œil nu la marque véritable et l’éclat vrai du diamant, rejette tout de suite la contrefaçon et n’éprouve aucun plaisir à la regarder, si bien ouvragée, ou si parfaitement polie soit-elle. Et soyez sûrs que, de la même manière, si les gens voulaient bien s’accoutumer au goût du plaisir spirituel, et à cette douceur qu’éprouvent les personnes vertueuses dans le bon espoir du ciel, ils ne tarderaient pas à mépriser, puis finalement à détester cette jouissance vile et grossière que leur procure le plaisir de la chair et des sens, qui n’est jamais si agréablement pimenté de délices et de jouissance qu’il n’apporte avec lui le remords et le reproche de la conscience au point qu’il soulève le cœur et lui donne envie de vomir. Pourtant, l’habitude nous aveugle à tel point que nous persévérons dans cette jouissance et, sans nous soucier le moins du monde du plaisir supérieur, nous imitons la truie qui, satisfaite au milieu des déchets, de la fange et de la boue, ne demande ni meilleur menu ni meilleur lit. »

Extrait de :

Mise en garde avant l’Enfer
Thomas More
Éditions Nouvelle Cité

Vers 1522, l’auteur écrit ce traité, resté inachevé, sous le titre Les fins dernières pour montrer combien il est nécessaire de penser à la mort pendant sa vie pour mériter le ciel. Les péchés capitaux sont passés à l’épreuve de cette méditation sur la mort.

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