Élisabeth de la Trinité, une vulnérabilité conjuguée à la force

« Il y a des tournants au cœur d’une vie qu’on ne peut prendre seul. Le chemin qu’Élisabeth nous invite à emprunter n’est autre que l’immémoriale, l’intemporelle, trajectoire de l’initiation. Une odyssée de sainteté à laquelle nous sommes tous appelés. »

D’un tempérament ardent, d’une sensibilité à fleur de peau où pointe une vulnérabilité conjuguée à la force, Élisabeth possède ce « je ne sais quoi » d’indéfinissable qui s’appelle le charme.

Une féminité finement ressentie et exprimée. En touches discrètes. Pas dans le registre vamp. Sa beauté se passe d’artifices. L’aisance en partage, elle n’a pas besoin de dégainer cette arme pour se rassurer.

Son magnétisme n’attire pas seulement les amies, mais aussi les jeunes gens. « Ses dehors charmants faisaient concevoir autour d’elle bien des espérances », comme le remarque avec beaucoup de délicatesse le père Conrad de Meester.

Face aux désirs des hommes, les femmes ne sont gardées que par elles-mêmes. Et le cœur le plus abandonné à Dieu est le mieux gardé. Avec son regard malicieux et sa foi inébranlable tel un rempart, l’adolescente sait se préserver. Il n’est guère question de lui conter fleurette.

Le frère d’une de ses amies, qui se risqua un jour à lui faire un compliment, fut éconduit d’un revers de main:  » Tu m’ennuies. » Un petit coup de patte souple comme celui d’une chatte. C’est du Élisabeth tout sucre ! Un art d’effleurer la surface des choses sans jamais s’y laisser prendre.

La voir évoluer ainsi, en permanence dans un entre-deux, interpelle. D’un côté le monde, ses obligations, ses contraintes et ses petits bonheurs au quotidien. De l’autre, son désir si profond de Dieu. Alors ?

Comment fait-elle pour tenir les deux pôles ensemble ? Passer d’un registre à l’autre. Un grand écart en permanence. Un talent d’équilibriste remarquable.
Joue-t-elle un jeu ? En aucun cas. Élisabeth ignore tout de la tentation d’être quelqu’un et son contraire, telle Virginia Woolf et ses innombrables moi. Elle est sans faux plis. D’une seule pièce. Sans un point de couture :  » Le Seigneur m’appelle au Carmel. Mon âme vole à son appel. »

Dieu aime les êtres de tout éternité, mais lorsqu’il en désire un plus particulièrement, Il libère son âme de tout ce qui n’est pas Lui, lui infuse son Esprit et le conduit par des voies que Lui seul connaît.

S’il choisit Élisabeth pour accomplir ses desseins de sagesse, c’est pour ce quelque chose en elle qui la sépare de l’humanité commune. Une puissance d’aimer. Un détachement. Une liberté. Une intensité existentielle.

Une disposition mystique, qui ne relève ni de la culture intellectuelle, ni du génie scientifique, ni de l’intelligence philosophique, mais de sa capacité à creuser le fond de son être jusqu’à un point de densité incompressible. Jusqu’à l’incandescence. Jusqu’à cette transparence qui lui permet d’entrer dans un ineffable dialogue avec le Christ : « Je suis à mon bien-aimé. Et vers moi se porte son désir ».

Cette main qui s’est posée sur elle, Dieu ne la retirera jamais. Ce n’est pas un feu de paille. Une de ces douces chimères de jeune fille imaginative, que le temps craquelle et altère. C’est une rencontre rare. De celles qui balaient tout sur leur passage.

Dans son cœur, Jésus fait sa demeure. C’est uniquement pour Lui, en Lui, par Lui que la future carmélite vit et vibre. Elle ne cherche pas à l’enfermer dans une cage. Seulement à lui faire un nid. Une résidence aimante.

Comme toute adolescente, elle a besoin de héros. Il en faut. Jésus est sa référence suprême. Non pas son idole, mais son modèle. L’idole l’aurait figée dans l’infantilisme. Le modèle lui donne une trajectoire pour croître.

Extrait de:
Élisabeth de la Trinité
Un grand silence amoureux
Jocelyne Delafraye
ISBN 978-2-7122-1449-4

Un livre à méditer dans le sillage de la récente canonisation d’Élisabeth de la Trinité par le pape François.

Qui est Élisabeth Catez, jeune carmélite née le 18 juillet 1880 et morte le 9 novembre 1906, béatifiée par le pape Jean-Paul II le 25 novembre 1984 et très récemment canonisée par François, le 16 octobre 2016 ?

À l’heure où le pape offre aux catholiques du monde entier, une nouvelle sainte, Jocelyne Delafraye a souhaité revisiter son histoire. Non pas comme une biographe ou une historienne mais comme une femme de foi, personnellement touchée par la vie et le message d’Élisabeth de la Trinité. « En déroulant, au fil des ans, la pelote de son histoire, je me suis attachée à mettre en valeur les moments fondateurs où la grâce divine s’est emparée de la courbe de ses jours au point d’en infléchir le cours. »

Élisabeth Catez est née dans une famille chrétienne et développe très vite un attrait pour la prière montrant le désir de devenir religieuse au sein du Carmel. Dans un premier temps, sa mère s’oppose à sa vocation, mais lors d’une visite au Carmel de Tarbes (Hautes Pyrénées), son cœur est touché par la joie d’une jeune religieuse. Progressivement, elle acceptera la vocation d’Élisabeth pour y consentir définitivement en 1899, à condition qu’elle rentre au Carmel lorsqu’elle sera majeure, en 1901. Son nom « Élisabeth », qui signifie en hébreu « Maison de Dieu », devient le centre de sa spiritualité, ce que la doctrine chrétienne appelle l’habitation de Dieu. Élisabeth écrit alors la prière « Ô mon Dieu, Trinité que j’adore », qui résume sa spiritualité. Elle découvre, dans une épître de Paul, sa vocation, c’est-à-dire que sa vie consiste à être une « louange de gloire » à Dieu. Elle tombe malade et dit percevoir dans la souffrance une possibilité de vivre plus proche de Dieu. Elle meurt à l’âge de 26 ans. Peu après sa mort, ses écrits sont publiés par la supérieure du Carmel et rapidement diffusés. En 1931, l’évêque de Dijon ouvre une procédure en vue de sa béatification.

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